09 novembre 2005

Texte d'Henri Michaux

Henri Michaux

 L’espace du dedans

 Peintures

 1944

 Clown

 

Un jour.

Un jour, bientôt peut-être.

Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai,

je le ferai dégringoler.

D’un coup égorgeant ma misérable pudeur,

mes misérables combinaisons et enchaînements “de fil en aiguille”.

 

Vidé de l’abcès d’être quelqu’un,

je boirai à nouveau l’espace nourricier.

À coups de ridicules,

de déchéances

(qu’est-ce que la déchéance ?),

par éclatement,

par vide,

par une totale

dissipation-dérision-purgation,

j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée,

assortie à mon entourage et à mes semblables,

si dignes,

si dignes, mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe,

à un nivellement parfait comme après une intense trouille.

Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter

Anéanti quant à la hauteur,

quant à l’estime.

Perdu en un endroit lointain

(ou même pas),

sans nom,

sans identité.

 

CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque,

dans l’esclaffement,

le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.

Je plongerai.

 

Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, 
ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée 
à force d’être nul

 

et ras… 
et risible…

 

Posté par zambla à 16:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Texte d'Henri Michaux

Nouveau commentaire